Du Krasivo à l’Alpina 4001

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Séance de vol du 5 juillet 2015
…à mon ami Éric…
Salut les bêtes à plumes,
Aujourd’hui, je vais vous raconter le premier vol du planeur mythique qui marque pour moi l’accession au palier que je considérais comme inaccessible à mes débuts en aéromodélisme. Je veux plus précisément citer l’Alpina 4001, symbole du « passage au 4 mètres ». L’Alpina, j’en entends parler depuis toujours comme d’un Dieu régnant sur le monde du planeur au même titre qu’Éole sur les pentes. L’Alpina comme bête à tout faire, tant pour le vol thermique que dans la voltige. On m’a toujours dit : « l’Alpina, quand tu en as un, tu le gardes toute la vie ». Des paroles qui m’impressionnaient par leur assurance et contribuaient à sacraliser ce performeur traversant les décennies. Après un consciencieux apprentissage du Krasivo qui était lui-même un « planeur ultime », j’ai perçu des limites qui ne correspondaient plus à mes attentes nouvelles d’un planeur à l’aise dans l’acrobatie. Bien que volontaire, le krasivo souffrait des mouvements moins coulés que le confortable vol thermique. J’ai bien tenté les boucles et tonneaux basiques mais la souplesse des ailes, si elle facilitait une réelle restitution de l’énergie, inquiétait par sa flexibilité. Pire même, lors d’une prise de badin pour effectuer un passage bas devant les yeux, la demi aile gauche a flutté dans un bruits terrible qui m’a laissé en apnée quelques secondes. Il n’y avait pourtant aucun jeu responsable dans la gouverne d’aileron. Partant de ce constat et de ma récente attirance pour le vol « dynamique », j’ai commencé à convoiter le modèle qui répondrait le mieux à mes aspirations. L’Alpina n’est pas tout de suite apparu comme une évidence accessible en sortant du Krasivo puisque, pour moi, la différence de niveau pour accéder à son pilotage était trop importante. Influencé sans doute par ce coté religieux du divin planeur. Le 4 m, c’était mon Graal et l’Alpina 4001 en faisait un Graal sacré. A force de recherches, d’études des modèles du marché et d’éliminations, j’ai fini, sans m’en rendre vraiment compte, par revenir à chaque fois au choix de l’Alpina. Mais le budget pour acquérir et encore plus équiper un seigneur n’était pas accessible et comme pour le Blaster, je me suis plongé dans l’atelier à la recherche de ce que je pourrais vendre. Ou plutôt « sacrifier » au nom de la sélection naturelle. Là encore, tout ou presque était inventorié. Des planeurs, des ailes volantes, un avion, des servos, des moteurs, des contrôleurs. Tous les fonds de tiroir y sont passés et même plus, motivé par cette foi naissante pour la religion du vénérable « 4 mètres ». Je me suis même séparé du Krasivo en le vendant à mon ami Éric qui s’entraîne depuis longtemps pour un jour piloter une grande plume.
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Je suis bien content de lui offrir cette opportunité en bradant mon ex grande plume. Éric est un vrai homme de cœur. Mais il ne dévoile pas facilement une sensibilité qui tranche avec sa gouaille de Sétois, ancien chef de port marchand qui négociat « énergiquement » avec les dockers. Mais un planeur que je garderai toute ma vie méritait le meilleur pour durer et exceller. Conscient de mes « facilités » en montage perfectionniste, j’ai préféré faire appel à un spécialiste qui saurait rendre immortel le fils du vent. Par le bouche à oreille, j’ai fait la connaissance de Jean-marc qui montait des planeurs de performance pour de nombreux modélistes, même professionnels. Le top du top des monteurs, à la réputation justifiée par les retours glanés sur les terrains. J’ai donc rencontré Jean-Marc et convenu d’un deal pour intégrer l’Alpina dans la liste de ses montages programmés, entre un paritech de 6 m et un Swift « balistique » qui file à 300 km/h. Quelques semaines de patience plus tard, le montage a pu commencer.
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Je ne détaillerai pas ici les phases de la construction dans cet atelier d’un blanc immaculé où rien n’est laissé au hasard. Tout est rangé et nettoyé après usage. On pourrait même y opérer sans risque d’infection nosocomiale… Deux semaines plus tard, Jean-Marc me prévient que « il » est prêt au vol. Gloups, ça y est, il existe pour de vrai et il n’attend que moi. Jean-Marc, qui avait lu mon blog, en avait retiré qu’il serait plus prudent de faire faire le flytest par un pilote expert. La chose fut faite le dimanche suivant par Ivan. Il y eu ensuite une période de latence durant laquelle j’ai été contraint de changer de radio. L’Alpina s’impatientait dans l’atelier et je ne pouvais que rêver de mon premier vol en le laissant monté sur la balance d’équilibrage. Des conditions météo défavorables m’ont encore laissé un sursis jusqu’à dimanche dernier où j’ai convié quelques copains du club à cette grande première pour moi. Le bouche à oreille fonctionnant à merveille dans la communauté, plusieurs copains sont arrivés en soutien. Patrice était le premier sur place avec Vincent. Certains même, comme Norbert, sont venus plus tôt que prévu juste pour ça.
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Éric était un des premier convié avec le Krasivo. Comme pour symboliser la mue d’un pilote.
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C’est son chariot qui servira pour sécuriser un premier décollage autonome. Voilà encore une première pour moi : le décollage d’un planeur au chariot.
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Devant la pression des copains, je prends la décision de me lancer enfin. Éric installe lui-même l’Alpina sur le tricycle alors que je suis en méditation devant l’écran de ma radio.
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C’est maintenant ou jamais. Tout le monde attend en jaugeant chacun de mes gestes entre deux commentaires que je ne peux même plus percevoir, plongé dans mon conditionnement psychologique. Le chariot orienté face au vent, Éric m’indique que tout est paré. Je bascule l’inter des gaz en regardant devant le planeur sans connaître la puissance qu’il délivrera. L’hélice vrombit et le chariot démarre. Une fois passés les 10 mètres de prise de vitesse, je donne un coup de cabré et l’Alpina se libère de son train sous un pente de 60° que je dois tout de suite contenir pour ne pas retomber en décrochage. Là, je retrouve les sensations du premier envol du Krasivo. https://www.youtube.com/watch?v=dx2H-nP5mBw
La progression vers le ciel se fait presque naturellement et je me détends lentement. Arrivé à bonne hauteur, je coupe le moteur et glisse dans quelques évolutions qui me permettent d’estimer les premiers réglages à affiner. Premier constat flagrant qui rend l’axe de lacet instable : le différentiel quasi-inexistant. Le planeur bat de la dérive comme un poisson dans l’eau. Le lacet inverse typique des grands planeurs est même délicat à contrer à la dérive.
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Malgré ce vrai handicap qui rend le vol plutôt désagréable, je continue de profiter de ce premier grand planeur aux qualités de vol réelles.
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Le mythe de l’Alpina 4001 au bout de mes manches radio. Le Krasivo m’aura parfaitement préparé à l’appréhension de ce baptême. Le contrôle des trois axes n’est en rien différent. Tout sera maintenant affaire de réglages plus fins pour révéler le potentiel et l’onctuosité d’un planeur qui s’annonce prometteur.
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Je prends le temps d’apprécier l’instant mais je ne peux m’empêcher d’imaginer ses capacités en voltige quand j’entends siffler les ailes à son passage. D’ailleurs, c’est un sifflement rauque qui fait presque montre d’autorité. Comme si ce seigneur des airs voulait rappeler ce qui a fait sa renommée depuis le siècle dernier. Pour le faire voler, je devais respecter sa prestance avec humilité. C’était un contrat : si je savais lui donner les honneurs qui sont dus à son rang, alors il daignerait libérer son potentiel. Un deal de satisfaction mutuel que j’acceptais sans hésitation. Voilà ce qui me lie désormais à ce merveilleux planeur tant convoité.
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Les formalités administratives étant entérinées, il allait maintenant falloir penser à poser pour tester l’autonomie de la batterie. Depuis quelques minutes, Éric et le Krasivo m’ont rejoins. Le premier à ma gauche, au bord de la piste et le
second en escorte de l’Alpina.
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J’engage mon approche de loin par prudence. Une fois dans l’axe de la piste en herbe, je baisse progressivement le manche des crocos avec l’angoisse de l’épisode catastrophique du Vitesse crashé. Mais l’Alpina est parfaitement réglé dans cette phase de vol et il descend lentement sur une trajectoire parfaitement maîtrisable. Le touché à terre se fait en douceur et les saumons d’ailes ne touchent pas le sol, même à l’arrêt.
Les copains applaudissent, solidaires de mon soulagement. C’est un peu comme une tradition sur les terrains quand un pilote réussi une manœuvre difficile.
Éric engage à son tour un posé mais le pauvre fait une mauvaise estimation de profondeur de champ visuel et sa plume touche le sol dans les hautes herbes qui longent la piste. Pas de casse et les deux pilotes sont heureux.
 Ravis de ce vol en duo, nous portons nos planeurs au démontage pour quitter le terrain, pleins de souvenirs dans la tête.
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Il est midi passé et les copains désertent le coin pour aller déjeuner alors que le soleil méditerranéen plombe à son zénith. Pendant que nous démontons nos plumes de concert, nous échangeons sur nos impressions satisfaites avec Éric. Et à chaque fois, il en ressort que nous n’attendrons qu’une chose : le prochain vol.
Depuis ce dimanche, j’ai volé presque tous les jours avec l’Alpina. J’ai même eu l’audace de passer avec succès quelques figures de voltige et toujours, la grande restitution d’énergie qu’offre le planeur me permet d’explorer un nouvel horizon de progression. L’Alpina est devenu mon nouveau planeur fétiche. Celui avec lequel je vole le plus souvent en alternant vol thermique et vol acrobatique. Son aisance est à la hauteur de sa réputation et ses 4 m d’ailes, s’ils sont impressionnants au sol, se font totalement oublier dans les airs…
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Mardi soir, j’ai eu le bonheur de voler au soleil couchant sur le terrain du club.
Sur la vidéo de ce vol, vous pourrez voir qu’une lumière divine perce les nuages pour poser un regard bienveillant et complice sur celui qui est devenu pour moi, l’emblème de la passion sereine.
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A bientôt pour un nouveau rapport de vol !
A plume,
Mika.
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Un commentaire pour Du Krasivo à l’Alpina 4001

  1. Olivier BRUNI dit :

    Bravo Mika pour ce joli compte rendu très bien tourné. La photo d’entête est très belle ! Longue vie à ton bel Alpina, il le mérite !
    OB

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