Le Ventus 2cx de 6m comme baptême GPR

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…à Patrice et aux Alains du club…

Salut les amoureux du vol silencieux,

Un rapport de vol particulier cette fois-ci puisqu’il s’agit du flytest de mon premier GPR. « GPR » pour Grand Planeur Radiocommandé.
Et le GPR, c’est une catégorie à part dans le modélisme planeur puisqu’il consacre ses pratiquants comme un adoubement religieux. Une sorte d’intronisation tacite à la confrérie restreinte qui parcoure le continent entre réunions et meetings dédiés. (photo Alain Dubau)

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Pour moi qui suis parti de débuts plutôt chaotiques, l’accès à ces modèles géants, pures maquettes aux vols hyperréalistes, n’était envisageable que par procuration alors que je rêvais en parcourant les rassemblements de passionnés qui exposaient leurs machines. (photo Alain Dubau)

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Bien sur, mon Alpina de 4m est déjà d’une taille conséquente et me ravi par son vol mais à l’échelle des plus petits GPR, il ferait office de presque nain. Mon DG600, pourtant d’aspect semi-maquette en 3,60 mètres, serait sans doute moqué pour se fondre dans la file d’attente du remorquage au milieu des monstres du double de son envergure.
C’est surement au nom de la sélection naturelle qu’il aura participé au financement de son remplaçant XXL en partant vers les falaises de Normandie, aux commandes de son nouvel acquéreur.

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Une des pointure de la bande itinérante des méga planeurs, avait répondu à mes investigations en m’orientant vers Cédric qui vendait un ventus 2cx de HF Models. La machine était réputée et son vendeur tout autant. Renforcé par ma confiance en Pascal, je n’ai pas tardé à prendre contact pour clore l’affaire.

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Lors d’une brève rencontre à mi chemin entre Montpellier et Gap, j’ai pu prendre livraison de mon planeur hors norme. « Hors norme », je l’ai bien senti en ouvrant le haillon de la 207 pour trouver le moyen de charger confortablement les 6 mètres d’envergure, même en quatre parties.
Avant de valider la possibilité d’un tel achat, j’avais demandé à Cédric les mensurations de l’engin pour tester ma capacité de chargement avec des planches aux même cotes. Pas de chausse pied disponible mais une expérience éprouvée des Lego de mon enfance qui auront permis de caser l’ensemble dans un relatif confort.
Ce qui ne m’a pas empêché de réinstaller au mieux le bébé en plusieurs arrêts sur le chemin.
Plusieurs arrêts dont l’un d’eux s’est fait dans la famille de Robin qui m’a forcé à un détour sur le trajet pour lui montrer l’objet. C’est là que pour la première fois j’ai eu l’occasion de monter entièrement le planeur pour l’inspecter et prendre une série de photos. Merci d’ailleurs au grand-père de mon copain, journaliste de métier et qui a su saisir les premiers clichés mis en scène, d’un œil avisé.

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De retour à l’atelier, le Ventus a tout de suite trouvé sa place sur un chevalet entre mousse et protections plastiques. Paré pour sa préparation au flytest. Programmation, mesures de débattements, centrage. Tout y est passé avec une minutie encore plus poussée qu’à l’accoutumée, en suivant les valeurs communiquées par les experts.

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D’ailleurs, la programmation complexe de l’oiseau aux multiples commandes m’aura permit d’apprendre les subtilités qu’offre cette nouvelle radio que je ne maîtrisais pas dans ses retranchements. Et c’est ce qui m’a rendu d’autant plus fier lorsque j’ai annoncé aux copains que le planeur dont j’avais tant parlé était prêt pour son premier vol avec le remorqueur de Patrice, seul avion du club suffisamment puissant pour tracter les 13 kg du GPR.

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Rendez-vous pris avec Patrice et Alain pour un premier vol en petit comité le samedi matin à 10h00 puisqu’une fenêtre météo s’annonçait propice.
Comme à mon habitude, tout était prêt à partir la veille au soir pour être certain de ne rien oublier. La nuit n’a d’ailleurs pas vraiment été reposante, entre check list, visualisation de vol, pseudo calculs des distances d’approche, de taux de montée, de ligne de vol ou de précision des trajectoires.
Résultat, j’étais debout à 6 heures du matin pour revisionner les vidéos de vol trouvées sur internet. J’alternais entre inquiétude légitime d’un pilotage inconnu de planeur incomparable à ceux que j’avais eu et détente programmée en me persuadant qu’il ne s’agissait de rien d’autre qu’un « grand Alpina ». Au point même de m’imaginer le faire voltiger dans le meilleur des cas.

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Je fixais l’horloge qui annoncerait l’heure du départ mais n’y tenant plus, j’ai pris la route en avance, justifiant ce départ précipité par des arguments que j’étais le seul à trouver valables : « je préfère rouler doucement pour ne pas risquer d’abîmer le Ventus, j’aurais plus de temps pour bien le monter en attendant l’arrivée de Patrice et Alain, ça me détendra avant le vol,… ». Vous voyez le genre, quoi.

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Sur la route, je vois ce ciel bleu sans nuages qui facilitera la visibilité du vol. Le vent semble juste léger, suffisant pour porter l’ascension du remorquage et faciliter un atterrissage à moindre allonge.

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Bien que matinal, il y a déjà quelqu’un sur le terrain qui teste un moteur thermique. Cela fait tellement longtemps qu’il n’y a pas eu de telle fenêtre de vol que nous risquons de voir notre « petit comité » s’étendre très vite.

La chose se confirme quand arrivent les voitures sur le parking alors que je termine de monter le planeur. Sur le large espace herbeux, les grands 6 mètres du planeur semblent communs et même petits. Plus petits en tout cas que l’image exagérée qui hantait mon imagination trop fertile en projections catastrophistes.

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Quelques échanges sur ma nouvelle acquisition avec les copains qui arrivent pour m’encourager et voilà qu’arrivent le remorqueur et son pilote. Pendant qu’il finalise le montage et fignole les réglages moteur, j’installe la balancine que je viens d’acheter chez Silence model. Un objet tout nouveau pour moi et qui évitera quelques maux de dos pour déplacer l’engin, l’accessoire typique du GPRiste, qui trouvera sa place à la ceinture quand il n’est pas en fonction sur l’aile d’un planeur.

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On se retrouve alors à tirer son modèle en laisse comme pour déjà faire sentir au modèle la hiérarchie à instaurer entre le pilote et le piloté.

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Pendant que Alain S. installe le Bidule de 3 mètres sur la piste, je positionne le Ventus aligné pour arrimer le câble de liaison, véritable cordon ombilical entre tracteur et tracté qui les rend interdépendants et solidaires. C’est là aussi une des particularités du remorquage qui le rend si convivial. Les deux pilotes de l’attelage naviguent de concert pour mener à bien une manœuvre commune. Un travail d’équipe dont chacun ressort satisfait d’une mission menée à bien. Un vrai échange de complicité indispensable à l’efficacité.

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Je teste toutes mes gouvernes sans arrêt jusqu’à l’arrivée de Patrice qui soutient le saumon gauche pour partir à plat. Alain me rejoint derrière le planeur et le signal de départ est donné. Le gros cube de l’avion gronde et mon GPR avance sur deux petits mètres avant que le train ne rentre sans raison et que Alain ne lance plus les gaz alors qu’il est déjà trop tard pour renoncer, au risque de cracher la paire en mouvement.

Le bruit strident du fuselage à nu qui racle le bitume est presque moins une déchirure pour le Ventus que pour son pilote mais à peine 5 mètres suffisent à soulever le planeur qui monte régulièrement.

Ma concentration que j’imaginais sereine à subit l’injection d’adrénaline quand ma radio s’est exclamée : « tension du récepteur ! » pour annoncer que le système radio rencontrait une défaillance de liaison. J’ai tout de suite amplifié l’alerte à voix haute pour avertir Alain.

Ancien militaire qu’il est, rompu aux situations d’urgence en plus d’être pilote émérite, mon copain a tout de suite viré à 90 degrés sur la droite pour se libérer du cordon qui tirait le stab avant de larguer et de s’effacer à la verticale pour dégager le champ d’évolution.

En perte de Vitesse et entraîné par cette même aile gauche que soutenait Patrice au décollage, mon planeur a amorcé le début de vrille que je redoutais, sans que ne répondent les ailerons, trop peu soufflés par la faible allure.

Une fois la chute engagée, le roulis est redevenu contrôlable et j’ai pu redresser l’axe de vol, toujours emporté par mon aile gauche.

Pénalisé par ma faible allure et un roulis asymétrique j’ai choisi d’adoucir ma descente en spiralant jusqu’à trouver le meilleur endroit pour poser au mieux sans casser.

Au fur et à mesure que ma spirale touchait sa fin de course et perdait de sa vitesse, mes ailerons perdaient de leur efficacité. Je n’ai alors pas eu d’autre choix que d’aplatir tant bien que mal mon assiette de vol pour toucher le sol avec une moindre incidence.

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Au final, je n’ai pu rétablir complètement l’axe et mon GPR a perdu de sa superbe en s’affalant après le bout de piste, dans des broussailles qui  cachaient le rendu de mon ultime manœuvre.

A priori, la trajectoire qu’avait décrit le planeur en final laissait supposer très peu de dégâts mais je ne pouvais me convaincre d’optimisme tant que je ne serais pas sur place.

Comme beaucoup d’entre vous l’ont sans doute fait dans pareil situation, j’ai engagé une foulée lourde d’angoisse en chassant de mon esprit toute image catastrophique supposée.

« Pas ça, pas aujourd’hui, pas lui,…. » et je refusais toute fatalité pessimiste pendant que Alain F., reporter de ce flytest, emboîtait solidairement mon élan.

Au fur et à mesure de mon approche, la perspective dégageait le spectacle d’un colosse résigné en détresse. Alain m’indique une énorme souche à un petit mètre du saumon droit en relevant cette « chance dans mon malheur » mais il me faut un moment pour tempérer le flux sanguin qui palpite et réellement apprécier la relativité en scène.

Je finis cette méditation en dédramatisant l’épisode malgré la déception d’un premier vol avorté. Cela aurait pu être pire et le planeur intact suffit à rapidement me décider pour un second essais histoire de conjurer le sort. Il s’agit « d’inverser la spirale » négative pour le coup et de positiver la suite des préparations.

Le planeur sur l’épaule et le pas incisif en guise de marche sacrée, j’avance vers le point de décollage entamer un second flytest qui effacerait ce premier accident.

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Je dépose le planeur sur la piste à la grande surprise des copains qui se montrent inquiets et solidaires pour me réconforter. Alain S., pilote remorqueur, inspecte l’oiseaux et me confirme qu’aucun organe n’a été fragilisé. Confiant en ses paroles d’expert, je peux me concentrer en vue du vol pendant que je lance un regard sur ma douce qui, à coup sur, doit se mordre les lèvres à l’idée d’une catastrophe annoncée. Je la rassure et elle ne veut pas croire que je retente l’expérience. Et avec la discrétion que je lui affectionne, elle ne manifeste pas plus son inquiétude.

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Redémarrage du Bidule remorqueur, tension du câble de remorquage, contrôle des commandes et Patrice vient soutenir le saumon gauche pour aligner le roulis. Démarrage de la caravane et après quelques secondes de tension du pilote comme du filin, rupture de l’accroche qui laisse partir le remorqueur seul…

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Le fusible a fait son office et c’est une deuxième déception que je ne peux m’empêcher d’interpréter comme un nouveau signe annonciateur. L’incident est sans conséquence et je repars pour un troisième essai. Même protocole, même assistance de Patrice et voilà mon Ventus qui s’élève régulièrement avec l’inertie caractéristique des grandes plumes. C’est un plaisir nouveau et une technique de pilotage plus anticipée qu’il faut adopter. Un peu comme un bateau qui ne répond pas automatiquement à l’ordre du gouvernail, freiné dans ses mouvements par l’élément fluide et dense qui le contraint.

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Alors, je navigue en harmonisant au mieux ma trajectoire avec celle du tracteur. Pas si facile d’anticiper le cap de l’avion devant quand il faut soi-même anticiper le pilotage du lourd GPR. En intellectualisant le vol je finis même par me détendre et quand arrive le moment de rompre le cordon de mise en altitude, je n’entends presque pas les commentaires de l’assemblée sur les qualités volières de la machine.

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Je suis quand même sorti de ma torpeur par cette même aile gauche que je dois contrer en permanence et même le trim tiré au maximum de sa course ne parvient pas à guérir le mal. Encore une fois, je peste contre ce défaut qui gâche ma découverte du vol de grande envergure. Ajouté à cela ma radio lance des alertes de tension du récepteur qui renforcent mon inquiétude peut-être plus encore. Toutes les trajectoires en lisse ne sont pas saines et le planeur passe à notre verticale en grondant de puissance et de finesse. Quelques évolutions me décident à préparer une approche de la piste.

Cédric, que j’ai délesté de l’oiseau m’avait prévenu de l’allonge critique à prévoir mais le vent de trois quart à la piste me permettait de freiner l’allure.

J’ai abordé ma venue au loin pour me laisser le temps de peaufiner la ligne de vol, toujours handicapée par un roulis à gauche que je devais contrer dangereusement en combinant ailerons et dérive ajouté aux flots du vent qui semblait jouer avec le planeur comme avec un voilier en grosse mer.

Mon circuit est accidenté et je veux absolument éviter que le planeur me passe sous le nez pour effacer la piste. Sans doute m’aura-t-il entendu puisque les éléments ont fait en sorte de le freiner bien avant une sécurisante entrée en piste et mon bel oiseau s’est posé sur l’herbe de la piste récemment prolongée pour palier aux manœuvres de cet ordre.

Bien sur, la ligne d’atterrissage au contact sol n’a pas été parfaite et le planeur a engagé un tiers de tour sur le saumon mais le modèle est maintenant immobilisé, en sécurité.

Alors forcément, je ne peux m’empêcher d’être déçu par ce vol chaotique qui clôture une séance de flytest dont j’attendais peut-être trop. Et je vais devoir reprendre tous les réglages que j’espérais idéaux. Plus encore, trouver l’origine de mon problème de tension récepteur et là, ça va être plus ardu.

Les copains, devant les soupirs qui ponctuent ma prestation, dédramatisent en essayant de me convaincre que le planeur est sain, qu’un planeur est toujours long à régler, que c’est une machine différente de celles pilotées jusqu’alors. Leur empathie force mon respect mais je ne démords pas de mon ressenti aux manches.

Le dernier contact sol marquera la fin de cette séance de vol. Patrice, démontera le gros Bidule pendant que je charge mon Ventus pour une révision complète avant sa prochaine sortie.

Voilà pour ce baptême houleux qui ne m’aura pas pour autant découragé. Bien au contraire, j’ai intensifié mon travail à approfondir les réglages et la préparation de ce superbe Ventus 2cx qui promet de m’emmener aux premières rencontres GPR.

Mais si je pourrais y participer en tant que pilote, je n’en resterai pas moins rêveur devant le spectacle des machines d’exception qui évoluent dans leur élément.

A bientôt pour un prochain article modéliste qui, je l’espère, saura vous divertir…

Bien à tous les copains modélistes,

Mika.

 

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4 commentaires pour Le Ventus 2cx de 6m comme baptême GPR

  1. Didier GILBERT dit :

    Génial !! Bravo Mika ! Le prochain vol sera le bon !

  2. Marc Rivière dit :

    Belle machine, ça fait envie !
    Bravo et merci de partager ça.
    Marc

  3. Kévin Lefaix dit :

    Je vois que l’amour du GPR est dans la famille

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